Spleen d’automne

Spleen d’automne

Spleen d’automne Superbe dans son habit d’or et de pourpre, Madame la duchesse, l’Automne, conquérante s’installe mais que vous réserve-t-elle sous cette mine fringante ?

Voulzy chante : « Quand vient la fin de l’été sur la plage…et Brigitte Bardot continue « sur la plage abandonnée, coquillages et  crustacés … » Ses petits locataires eux-mêmes l’ont désertée. Seuls quelques vacanciers résistants ou promeneurs solitaires l’arpentent pour savourer les derniers instants de douceur.

Spleen-d-automne

Spleen d’automne: Un avant-goût

Brigitte Bardot continue : « On a rangé ses vacances dans des valises en carton et c’est triste quand on pense à la saison du soleil et des chansons… » C’est la fin de l’insouciance où le corps et l’esprit lâchent prise .La réalité s’impose : « Hélas, soupirent Mathilde et son compagnon qui, de  retour de leur périple observent avec consternation la boite à lettres au bord de l’explosion. Retarder le redoutable moment de l’ouvrir ? Elle vous nargue. A présent, il faut ranger ses effets légers ; maillots, tee-shirts, shorts, et les images défilent devant vos yeux : sensations délicieuses du soleil sur la peau, corps dévoilés, halés exprimant la joie de vivre l’éphémère, plongeon dans les vagues qui donne un vif sentiment de liberté, parfums enivrants, douçâtres. Tout s’évapore en sortant de vos armoires les superpositions à prévoir : pulls, caleçons, gilets jusqu’à la doudoune qui  vous fait déjà frissonner. Sans oublier les fournitures scolaires, car si vous avez été cigale, vous voilà contrainte de devenir fourmi. Votre tête se transforme en un gigantesque ordinateur soumis aux calculs incontournables des dépenses .Alerte orange ; vous voyez rouge.

Spleen d’automne, La rentrée

C’est demain la rentrée avec ses craintes et incertitudes. Les petits, le visage gonflé par les larmes se retrouvent dans la cour de l’école ; les parents, le cœur serré ont du mal à se séparer de leur progéniture. Les plus grands, tels des esclaves trainent derrière eux leur cartable transformés en boulets. Les ados, sous une désinvolture feinte expriment leur inquiétude échangeant quelques paroles avant la reprise des cours : « pourvu qu’on n’ait pas la godasse ! » «  Ah, la mère Soulier, je pige rien quand elle parle, elle a dû passer sous un rouleau compresseur ».Les étudiants s’agglutinent dans les amphis, anxieux de leur avenir. L’automne révèle toute son amertume..

Spleen d’automne, Les feuilles

. Yves Montand  chante : « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle », elles  jonchent le sol, décolorées ; mais elles pénètrent aussi dans vos demeures avec fracas quand elles s’amoncellent sur votre bureau avec ironie ; les taxes, impôt, factures, etc… Comment sortir de ce fléau ? A L’extérieur, elles virevoltent emportées par le vent, la pluie, s’interpellent : « Salut vieille branche où pars tu ? » « Tu vois je vais au cimetière, on enterre madame Gringe, qui tous les matins souriait au chêne où j’étais accrochée cet été, j’étais verte en pleine forme mais quelle déprime de voir  tous ces gens succomber : le jeune garçon qui s’est jeté du haut d’un promontoire en pleine forêt à dix-huit ans et le père François, 75 ans ne s’est plus réveillé. Quelle tristesse de regarder tous ces gens s’agenouiller sur les tombes de leur proche avec ces fleurs inodores ; je m’étiole et toi ? « Je vais où le vent me pousse, je cours vite me réfugier derrière ce hangar ; la tempête est annoncée ».Là-haut,  le roi du ciel, après s’être frayé un passage au milieu de ses sombres voisines, contemple, impuissant, avec un rictus amer le spectacle de la terre en colère : trombes d’eau, ouragans, arbres déracinés, rues inondées. Dans les rues des villes, les passants, emmitouflés, les mines renfrognées et blêmes courent pour aller au bureau, attraper un bus ou un tram .La pluie glaciale cingle les visages et c’est la valse des parapluies qui s’entrechoquent. A peine sortis, déjà l’obscurité et le lendemain, au petit matin, la nuit ! Verlaine le chante : « les sanglots longs des violons de l’automne… »

Même « si la montagne est belle » clame J. Ferrat, comment échapper à cette sinistrose ? Heureusement le bourru est arrivé avec les châtaignes pour réchauffer l’âme et le corps au coin d’un feu aux braises ardentes, en guise de soleil.

Spleen d’automne

Elisabeth GILLON

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*